Allergies de printemps

 

Plus d’une personne sur cinq souffre de rhume des foins, sans compter les allergies alimentaires croisées (une allergie au pollen de bouleau peut en effet cacher une allergie aux amandes ou aux noisettes !) Ce n’est pas une fatalité : il existe des remèdes aroma redoutables. Voici les sept huiles essentielles qui vous permettront de respirer enfin le printemps à plein nez.

Communément appelées « rhume des foins », les allergies saisonnières induites par le pollen des arbres, des graminées ou des herbacées provoquent une rhinite allergique (inflammation de la cavité nasale).

Vous connaissez bien les symptômes : rougeurs, larmoiement, sensation de brûlure oculaire; conjonctivite ; écoulement ou/et obstruction nasale ; éternuements en salve ; maux de gorge ; parfois de la toux sèche ; démangeaisons pouvant être fortes ; fatigue ; maux de tête.

Dans les cas les plus graves, il peut survenir des dificultés respiratoires, voire des crises d’asthme. Dans ce cas, il est important de consulter son médecin. Le rhume des foins peut favoriser également d’autres maladies allergiques comme l’asthme ou l’eczéma.

 

Vanessa Périnat Bard Pharmacienne formée à l’université de Lausanne et diplômée en aromathérapie de l’école ERA, elle pratique depuis plus de vingt ans en officine. Les huiles essentielles ont pris racine dans sa vie privée, familiale et professionnelle depuis plus de dix‐huit ans et ce n’est que le début d’une grande histoire…

Sa philosophie : « La santé, c’est avant tout prendre soin de soi. »

Une personne sur cinq est allergique !

L’apparition et la gravité de ces symptômes dépendent de la quantité d’allergènes présents dans l’air et du degré de sensibilisation : 50 à 90 % des sujets souffrant de rhume des foins ont des antécédents d’allergies dans leur famille (prédisposition génétique). Notez qu’en  cas de pluie, les symptômes sont fortement diminués, car il y a moins de pollens en suspension.

Dans les pays industrialisés, près d’une personne sur cinq serait affectée – le double d’il y a trente ans – et la prévalence serait en constante augmentation. Des études épidémiologiques à l’échelle européenne estiment qu’entre 10 et 25 % de personnes de 15 à 50 ans en souffrent.

Ce sont surtout les personnes entre 15 et 40 ans qui sont les plus touchées par la rhinite allergique. De plus, les personnes commencent leur « histoire allergique » le plus souvent à l’adolescence, même s’il est possible d’attraper un rhume des foins à tout âge, et plus rarement au‐delà de 40 ans.

Les allergies polliniques augmentent au cours de l’âge scolaire et atteignent un pic pendant l’adolescence. En moyenne, les premiers symptômes du rhume des foins apparaissent à l’âge de 6 ans. L’allergie saisonnière survient très rarement après 40 ans. Il existe des personnes allergiques après 40 ans, mais ces dernières ont souvent commencé leur histoire allergique bien avant. Les hommes seraient plus touchés par la rhinite allergique saisonnière que les femmes.

Une histoire d’histamine

Les allergies sont des réactions anormales et excessives de notre système immunitaire vis‐à‐vis de substances étrangères reconnues comme dangereuses, malgré leur caractère inoffensif. Pour comprendre la réaction allergique, il faut revenir en arrière. Lorsque le corps du futur allergique entre en contact pour la première fois avec l’allergène, il ne produit pas encore de symptômes. Des anti‐corps de type IgE, spécifiques à cet allergène, sont alors créés, synthétisés et stockés. C’est la phase de sensibilisation. Ainsi, lorsque l’allergique rencontrera à nouveau cet allergène, les anticorps seront rapidement produits en grande quantité, ils se fixeront sur des cellules du système immunitaire qui libèrent de l’histamine (mastocytes). L’histamine provoque alors le gonflement des muqueuses nasales et respiratoires (congestion, difficultés respiratoires) et la dilatation des vaisseaux sanguins (rougeurs).

De l’allergie à l’asthme bronchique

Certains patients souffrants de rhume des foins vont développer un asthme bronchique : toux sèche, irritative et aggravée par l’effort physique. Parfois, l’asthme peut se manifester sous la forme d’une oppression thoracique, avec sensation de « serrement » au niveau de la gorge et impression subjective de manque d’air. L’asthme bronchique révèle la sévérité de la réaction allergique.

Chez une minorité de patients, l’allergie au pollen peut se manifester sous la forme d’une urticaire. Il s’agit d’une éruption cutanée, érythémateuse et papuleuse, fortement prurigineuse, durant généralement quelques minutes à quelques heures et s’estompant sans laisser de séquelle cutanée. La plupart du temps, ces urticaires sont liées au contact direct du pollen avec la peau chez des patients très allergiques.

Allergies au bouleau : attention aux amandes !

Si vous souffrez de rhume des foins, il y a de grandes chances que vous soyez aussi sujet aux allergies alimentaires. Dans ce cas, on parle d’allergies alimentaires croisées. Cela provient de la forte ressemblance au niveau de la structure des protéines dudit aliment et du pollen en cause.

Ces allergies alimentaires se manifestent sous forme de prurit de la bouche, des gencives, du voile du palais, irritation de la gorge, sensation d’œdème des lèvres, parfois irritation conjonctivale et éternuements. Ces allergies croisées (pollen et alimentaires) sont fréquentes. Elles constituent la cause principale d’allergie alimentaire chez l’adulte.

Exemple : l’allergie au bouleau entraîne, dans 40 % des cas, une allergie à certains oléagineux comme l’amande et la noisette, aux fruits crus comme la pomme, la poire, la pêche, la cerise, l’abricot, le kiwi, etc. Une fois le fruit cuit (la structure moléculaire de la protéine est ainsi modifée), l’allergie disparaît. Pour les graminées, sont concernés le melon et la pastèque, l’armoise, le céleri, la carotte, la coriandre, le persil, le cumin et le fenouil.

3 caractères anti-allergiques

Pour les personnes fortement allergiques, il est possible d’entreprendre une désensibilisation, appelée « immunothérapie », suivie par un allergologue. C’est un traitement long et contraignant, mais qui a fait ses preuves. Ici, nous aborderons uniquement le traitement en aromathérapie, qui est un traitement purement symptomatique.

Les huiles essentielles ont une action préventive ou curative. Elles sont notamment bénéfiques pour atténuer la réaction allergique, calmer la réaction inflammatoire et l’emballement du système immunitaire. Il faut donc des huiles essentielles anti‐inflammatoires, antihistaminiques et décongestionnantes.

 

● Le caractère anti-inflammatoire et calmant tempère l’action du système immunitaire et le met ainsi au repos.

● Le caractère antihistaminique permet de diminuer la libération de l’histamine. Si l’on diminue le taux d’histamine libérée, on diminue alors les symptômes.

● Le caractère décongestionnant permet de lutter contre l’œdème, la congestion des muqueuses, notamment respiratoires et nasales, en cas d’allergie au pollen.

Sept huiles à garder près de soi !

1. Les huiles essentielles d’estra­gon (Artemisia dracunculus) et de basilic indien (Ocimum basilicum) contiennent toutes les deux 80 à 85 % de méthylchavicol, également appelé estragol, responsable de leur activité anti‐allergique.

Avant l’apparition des symptômes allergiques et en période d’exposition au pollen allergisant, il est possible d’avaler 1 à 2 gouttes d’huile essentielle d’estragon ou de basilic indien déposées sur un comprimé neutre ou sur un peu de miel. Ce geste est à répéter 3 fois durant la journée. Comme dans ce cas les huiles essentielles sont avalées, il est impératif de faire une pause d’une semaine tous les mois, afin d’éviter une accumulation dans le corps et ainsi s’exposer à une toxicité.

En voie cutanée, massez‐vous avec un mélange de 4 gouttes d’huile essentielle d’estragon ou de basilic indien mélangées à 1 cuillère à café d’huile végétale de nigelle, calendula, colza ou tournesol, par exemple.

Respirez‐les également. Pour cela, appliquez une dizaine de gouttes de l’une ou l’autre de ces deux huiles essentielles sur une mèche de coton d’aromastick.

Contre‐indications : femme enceinte, allaitante, enfant de moins de 6 ans (la voie orale n’est pas conseillée avant 12 ans sans suivi médical). Évitez toute exposition au soleil dans les huit heures suivant l’application, car elle peut être légèrement photosensibilisante (traces de coumarines). Ne pas utiliser la voie orale chez les personnes polymédicamentées et prudence pour la voie cutanée en cas d’épilepsie.

3. L’huile essentielle de camomille allemande (Matricaria recutita) est anti‐inflammatoire et antihistaminique grâce à sa forte concentration en chamazulène.

Contre‐indications : femme enceinte, allaitante, enfant de moins de 6 ans, antécédents de cancers hormonodépendants, pas d’exposition au soleil dans les huit heures, épilepsie.

4. L’huile essentielle de katafray (Cedrelopsis grevei), antihistaminique et anti‐inflammatoire en raison de la présence de sesquiterpènes.

Contre‐indications : voie orale, femme enceinte et allaitante, enfant de moins de 12 ans, prudence chez les personnes polymédicamentées et âgées, épilepsie.

5. L’huile essentielle de lavande (Lavandula officinalis) : sa richesse en linalol et en acétate de linalyle lui confère des vertus calmantes et antispasmodiques puissantes.

Contre‐indications : femme enceinte de moins de 3 mois, enfant de moins de 3 mois, épilepsie.

6. L’huile essentielle de camomille romaine (Chamaemelum nobile) : calmante, apaisante, mais aussi anti‐inflammatoire par la présence de différents esters monoterpéniques.

Contre‐indications : femme enceinte de moins de 3 mois, enfant de moins de 3 mois, épilepsie.

7. L’huile essentielle d’eucalyptus radié (Eucalyptus radiata) pour son effet principalement mucolytique et expectorant, décongestionnant ainsi les voies respiratoires et la cavité nasale grâce à sa teneur en 1,8 cinéole.

Contre‐indications : femme enceinte de moins de 3 mois, enfant de moins de 3 mois.

 

 

Rhume de saison ou rhume des foins?

Comment faire la différence ?
Voici les signes qui ne trompent pas :

Le rhume de saison :

  • Durée 7 à 10 jours
  • Ecoulement devenant jaune en fin de rhume
  • Très peu d’éternuements
  • Possibilité de faire de la fièvre
  • Fréquence hivernale

 

Le rhume des foins :

  • Durée jusqu’à 6 à 8 semaines (toute la durée de l’exposition à l’allergène)
  • Écoulement très liquide et translucide
  • Éternuements fréquents par salve
  • Généralement pas de fièvre associée
  • Fréquence printanière

Préparez le terrain avec les camomilles ! (Deux antidotes)

En prévention, je vous conseille d’utiliser les remèdes suivants à base de camomilles :

1. Huile barrière aux camomilles

Une formule à 5 % d’huiles essentielles, anti‐allergique à utiliser en massage :

HE camomille romaine (Chamaemelum nobile) : 25 gouttes
HE camomille allemande (Matricaria recutita) : 25 gouttes

Dans un flacon de 50 ml, ajoutez les huiles essentielles dans les proportions indiquées ci‐dessus, puis complétez avec une huile végétale de votre choix (colza, tournesol, calendula, etc). Frictionnez avec une dizaine de gouttes du mélange matin et soir, un mois avant les allergies. Dès que les allergies commencent, utilisez le mélange spécifique pour les allergies.

Contre‐indications : femme enceinte, allaitante, enfants de moins de 6 ans, épilepsie.

2. Le breuvage aux hydrolats de camomille

Les hydrolats sont l’eau de distillation des huiles essentielles. Ils sont très intéressants, car riches en molécules aromatiques autant hydrophiles que lipophiles, mais en concentration bien plus faible, donc ne présentant pas les mêmes précautions et contre‐indications que les huiles essentielles. Ils sont idéaux en traitement de fond, en prévention, sur du long terme.

Formule à base d’hydrolat anti‐allergique, décongestionnante et apaisante :

● HA estragon (Artemisia dracunculus) : 150 ml
● HA camomille romaine (Chamaemelum nobile) : 50 ml
● HA camomille allemande (Matricaria recutita) : 50 ml

Dans un flacon de 250 ml, ajoutez les hydrolats dans les proportions indiquées ci‐dessus. Chez l’adulte, avalez 1 cuillère à soupe du mélange dilué dans un grand verre d’eau le matin (chez les enfants, 1 cuillère à café dans un verre d’eau), à commencer un mois avant les allergies. Après ouverture, à conserver au frigo pendant 30 jours.

Contre‐indications : femme enceinte, enfants de moins de 6 ans.

Quatre remèdes aroma à composer chez vous !

1. L’aromastick magique

Formule anti‐allergique, anti-inflammatoire, décongestionnante et calmante :

HE basilic indien (Ocimum basilicum) : 10 gouttes
HE camomille romaine (Chamaemelum) nobile : 3 gouttes
HE camomille allemande (Matricaria recutita) : 3 gouttes
HE eucalyptus radié (Eucalyptus radiata) : 2 gouttes
HE arolle (Pinus cembra) : 2 gouttes

 

Prenez un stick inhalateur avec une mèche de coton vierge. Imprégnez‐la des huiles essentielles dans les proportions indiquées ci‐dessus. Mettez le coton dans l’inhalateur, refermez et votre stick est prêt à l’emploi. Respirez plusieurs fois par jour, selon les besoins.

Contre‐indications : femme enceinte, allaitante, enfants de moins de 6 ans, épilepsie.

 

2. Un massage décongestionnant au basilic

Formule à 15 % d’huiles essentielles, anti‐allergique, décongestionnante et apaisante :

HE basilic indien (Ocimum basilicum) : 50 gouttes
HE eucalyptus radié (Eucalyptus radiata) : 30 gouttes
HE camomille romaine (Chamaemelum nobile) : 25 gouttes
HE camomille allemande (Matricaria recutita) : 25 gouttes
HE katafray (Cedrelopsis grevei) : 20 gouttes

Pour la voie cutanée, l’huile végétale de nigelle ainsi que le macérat de calendula sont idéaux afin de renforcer l’effet des huiles essentielles. La nigelle est connue pour ses propriétés antihistaminiques et anti‐inflammatoires tandis que le calendula est parfait pour apaiser les peaux les plus sensibles.

Dans un flacon de 50 ml, ajoutez les huiles essentielles dans les proportions indiquées ci‐dessus, puis complétez avec une huile végétale de votre choix (nigelle, colza, tournesol, calendula, etc). Frictionnez avec une vingtaine de gouttes du mélange 3 à 4 fois par jour durant la période des allergies. Il est possible de se frictionner jusqu’à 6 fois par jour, lors de forte réaction, mais pendant 2 à 3 jours de suite au maximum.

Contre‐indications : femme enceinte, allaitante, enfants de moins de 12 ans, personnes polymédicamentées, épilepsie.

 

3. Fabriquez votre spray nasal !

Formule uniquement à base d’hydrolats, anti‐allergique, décongestionnante et apaisante :

HA eucalyptus globuleu (Eucayptus globulus) : 5 ml
HA camomille romaine (Chamaemelum nobile) : 5 ml
HA camomille allemande (Matricaria recutita) : 5 ml
HA myrte verte (Myrtus communis) : 5 ml
NaCl (chlorure de sodium ‐ sel) : 18 mg (petite pointe de couteau)

Dans un flacon de 20 ml avec embout spray nasal, ajoutez les hydrolats dans les proportions indiquées ci‐dessus.

1 à 2 pulvérisations dans chaque narine matin et soir, en prévention. Augmentez jusqu’à 6 à 8 fois par jour lors de fort rhume des foins. Après ouverture, à conserver au frigo pendant 15 jours.

Contre‐indications : femme enceinte, enfants de moins de 6 ans.

 

4. Protégez vos paupières !

Formule uniquement à base d’hydrolats, anti‐allergique, calmante et apaisante :

HA rose de Damas (Rosa Damas‐cena) : 50 ml ;
HA camomille romaine (Chamaemelum nobile) : 25 ml ;
HA camomille allemande (Matricaria recutita) : 25 ml.

 

Dans un flacon de 100 ml, ajoutez les hydrolats dans les proportions indiquées ci‐dessus. Imprégnez un coton du mélange (un par œil), nettoyez les paupières matin et soir, en prévention. Augmentez jusqu’à 4 fois par jour lors de fort rhume des foins. Après ouverture, à conserver au frigo pendant 15 jours.

Contre‐indications : aucune.

Vanessa Périnat Bart

Précautions d’emploi : ces huiles essentielles sont déconseillées en cas d’allergie connue à l’une d’entre elles, d’asthme, d’épilepsie, de peau lésée en cas d’application locale. L’huile essentielle de tanaisie annuelle est très irritante pour les voies respiratoires et délicate à utiliser. Je la déconseille vivement en automédication. Tenez bien compte des contre‐indications et en cas de doute, demandez conseil à votre médecin ou prenez contact avec moi‐même.

Retrouvez les articles de Vanessa Périnat Bard dans la revue Santé Corps Esprit des éditions Biosanté